
Le nouveau pacte migratoire européen et Frontex
Depuis janvier 2026, au moins 683 personnes sont mortes ou portées disparues en Méditerranée. C’est la période la plus meurtrière de ces dix dernières années… qui comptabilisent plus de 30’000 décès. Ces mortexs ne sont pas un hasard: elles sont les conséquences directes de l’impérialisme occidental et de choix politiques mortifères. Car l’Europe s’est constituée en «forteresse» dont l’accès est rendu si difficile qu’il est mortel. Par exemple, en refusant les demandes d’asile depuis les ambassades, la Suisse contraint les personnes à parcourir les périlleuses routes de l’exil. Et le pire est à venir, car en juin 2026 débutera un nouveau pacte migratoire européen, visant à contrôler davantage les demandes d’asile. Les requérantexs seront enferméexs dans des centres carcéraux, aux frontières de l’Europe, et pour y parvenir, on utilisera tous les moyens policiers et militaires sous la main, sans souci du respect des droits humains.
Cette militarisation brutale de la gestion des frontières européennes se fera par l’agence Frontex. Les graves bavures de cette agence sont nombreuses et décriées, sans pour autant avoir empêché l’Europe et la Suisse d’augmenter ses finances ces dernières années. Dans les Balkans, Frontex est montrée du doigt pour repousser illégalement les personnes hors de certaines frontières. En Méditerranée, Frontex est accusée d’assister, dans une totale indifférence, à la destruction de moteurs de bateaux et à des abandons de personnes en pleine mer. En Suisse, Frontex organise des «vols spéciaux» pour renvoyer de force des migrantexs entravéexs et menottéexs, au mépris de leur santé physique et mentale.
Les politiques migratoires racistes de la Suisse
En 2019, la Suisse mettait en place une réforme de l’asile. Des centres fédéraux d’asile (CFA) ont été ouverts pour y entasser les requérantexs à leur arrivée et identifier celles et ceux pouvant être rapidement renvoyéexs. On retrouve l’objectif des camps d’expulsion que l’on voit germer dans le monde depuis quelques décennies pour «gérer l’asile»: rationaliser et faciliter les renvois en maintenant les personnes sous le contrôle des autorités et en les éloignant de la société civile.
Les CFA sont des lieux semi-carcéraux où les personnes ayant demandé l’asile doivent vivre durant près de cinq mois, isolées de la société civile, avec un manque d’accès aux soins, dans un cadre qui suscite la violence. Car tant que l’on reçoit les personnes venues trouver refuge en Suisse comme des criminelles, tant qu’on les enferme dans ces centres carcéraux avec un encadrement sécuritaire, il y aura de la violence. Ces CFA sont faits pour pousser les personnes venues trouver refuge en Suisse à «disparaître», c’est-à-dire à quitter la Suisse pour trouver refuge ailleurs. Des familles entières sont ainsi poussées à partir ou à plonger dans la clandestinité, devenant plus vulnérables encore.
A Genève, le centre fédéral du Grand-Saconnex, coincé en périphérie entre une bretelle d’autoroute et le tarmac de l’aéroport, loin des centres habités, dans des conditions de vie insalubres (nuisances sonores, pollution de l’air, …) illustre parfaitement cette ignominie.
Les personnes migrantes en Suisse subissent de multiples violences: la déshumanisation que représente la procédure d’asile, longue, complexe, incompréhensible, provoquant de profondes atteintes à la santé mentale ; les nombreux abus à la dignité sous forme de regards, d’insultes et de gestes déplacés, voire criminels ; les détentions administratives (soit le fait d’être mis·e en prison sans avoir commis aucun délit) et les intolérables renvois. Sans parler de la précarité induite par des statuts dits «provisoires», mais qui durent en réalité des années, et qui mènent souvent à des conditions de vie indignes, dans la rue. «You are killing us»: c’est un homme dont la demande d’asile a été refusée qui s’exprime.
Luttes locales et internationales
A Genève, un grave incendie dans le plus grand foyer pour requérantexs d’asile – le Foyer des Tattes – a coûté la vie à une personne et blessé plus de 40 autres, parce que les normes de sécurité n’étaient pas respectées. Aujourd’hui, aucune réparation n’a encore été versée aux victimes de cette catastrophe.
Solidarité Tattes est une association genevoise qui s’est constituée à la suite de ce terrible incendie, qui lutte contre les renvois et défend un accueil digne pour touxtes. Bien que nous nous battions localement, nous nous sommes toujours positionnées aussi sur les enjeux internationaux qui rejoignent nos combats.

Ainsi, nous avons toujours clamé notre soutien avec la Palestine, notamment en dénonçant le génocide en cours. Car les mécanismes néocoloniaux, impérialistes et racistes qui sont à l’œuvre derrière la fermeture de l’Europe-forteresse et le refus d’accueillir les personnes migrantes sont aussi à l’origine du consentement offert par les pays occidentaux à Israël depuis des décennies pour exterminer le peuple palestinien. Et parce qu’il n’est pas plus supportable de voir des habitantexs de seconde zone en Suisse, affubléexs d’un permis au rabais ou sans droit d’exister, que d’être témoins de l’apartheid en Palestine depuis plus de 70 ans.
NO G7: pour le droit à une vie et à la dignité
Pour nous, participer à la coalition NO G7 est une évidence. Le G7, ce sont les plus grandes puissances qui contribuent aux causes des migrations forcées, tout en refusant d’en assumer les conséquences humaines.
D’une main, ces puissances et leurs alliés du nord dont la Suisse, par leurs politiques capitalistes impérialistes, arrachent les richesses des pays du Sud, exploitent la force de travail des personnes pauvres et commettent un écocide au nom de leur sacro-saint profit. De l’autre, elles brisent les vies des personnes qui fuient légitimement ce chaos.
Les conséquences de la montée de l’extrême droite se font sentir en premier lieu sur les politiques d’asile, qui se durcissent un peu plus chaque année. Les changements prévus à l’échelle européenne annoncent un futur sombre pour les personnes qui ne détiendraient pas les bons papiers. Un futur qui s’apparentera à ce que l’on observe dans les Etats-Unis de Trump: des rafles anti-migrantexs, une détention de masse systématisée, des renvois forcés accélérés y compris pour les familles et les mineurexs non-accompagnéexs.
Pour toutes ces raisons, il est indispensable de s’organiser pour une résistance globale et durable contre le fascisme, le capitalisme et l’impérialisme! Durant la mobilisation NO G7 du 13 au 17 juin à Genève, dénonçons les injustices et les inégalités à l’échelle mondiale, affirmons que l’égalité des droits pour touxtes ne se négocie pas et que l’exclusion, l’exploitation et les renvois doivent cesser immédiatement!
