Hier, mercredi 1er juillet, la police cantonale de Genève a publié un communiqué présentant son action dans le cadre du G7 comme un succès. Dans ce document, la police se targue d’avoir « protégé la population, les institutions et le droit de manifester, par une réponse graduée ».
A l’occasion de la Fête de la musique, No-G7 lance une grande opération visuelle dans l’espace public ! Retrouvez-nous dans la rue avec les autocollants « Moi aussi j’étais à No-G7. Kast et Jornot démission ! »
La coalition No-G7 souhaite tout d’abord revenir sur les nombreux aspects positifs du week-end et de la vaste manifestation du 14 juin 2026. Contrairement à ce qu’affirme la vulgate, les revendications et thèmes de mobilisation n’ont pas été éclipsés par les frictions avec la police, mais par les choix de cadrage opérés par certains médias. La coalition déplore à nouveau que la couverture médiatique se soit focalisée sur ces rares escarmouches, occultant la réalité d’un cortège aux revendications combatives. Ce sont pourtant plusieurs dizaines d’organisations et plus de 60’000 personnes engagées et déterminées qui ont défilé dimanche.
Le 13 juin, nos tables rondes ont totalisé près de 2’200 participantexs, au terme du décompte officiel. La gazette No-G7 (numéro unique) a été distribuée à 9’000 exemplaires! Elle a abordé des thèmes d’intérêt général comme la quatrième vague féministe, les réformes nécessaires de l’agriculture, l’IA et la guerre au Soudan. Il faut enfin saluer le travail exceptionnel de notre cantine autogérée qui a distribué pas moins de 1’700 repas et 1’200 sandwichs durant le week-end.
S’agissant des graves dérives sécuritaires constatées dimanche, la coalition condamne les très nombreux tirs de gaz lacrymogène, notamment sur la partie du cortège réservée aux familles et aux enfants. De même, la coalition fustige le nassage scandaleux de 549 personnes mis en place durant près de 10h.
Trois autres éléments doivent attirer l’attention du public et expliquent pourquoi la coalition s’associe désormais à de nombreux organisations pour demander sans détour la démission de la conseillère d’Etat Mme Carole-Anne Kast (PS) et du procureur général M. Olivier Jornot (PLR):
1) Les circonstances de la fin de manif’ : Peu avant 19h, alors que la tête du cortège était sur l’Avenue de France, l’officier de liaison a averti les organisatrices que la manifestation pourrait terminer sa route au parc Mon Repos à l’exception de la partie du cortège (plus de la moitié en vérité) alors située sur l’avenue Giuseppe-Motta. L’officier a expliqué que cette dernière serait ainsi « disloquée », selon ses propres termes. En réalité, cela faisait déjà plus d’une demi-heure que l’arrière de la manifestation subissait des tirs nourris de gaz lacrymogène et de flashballs. La police s’était beaucoup rapprochée du cortège, obligeant ce dernier à accélérer le rythme jusqu’au parc afin d’éviter une nasse. À l’évidence, cette idée de séparer l’arrière du cortège de l’avant visait à procéder à des arrestations. Cette tactique a envenimé les choses. Malgré cela, la partie arrière de la manif a finalement pu rejoindre l’avant de la mobilisation au parc Mon Repos aux alentours de 19h30. Un peu plus d’une heure plus tard, la nasse se refermait… Preuve de la volonté d’encercler largement et de manière indifférenciée tout ce qui pouvait s’y trouver, la nasse mise en place par la police, telle qu’évaluée par nos soins, couvrait une surface d’environ 10 hectares, soit l’équivalent de 14 terrains de football. Cela démontre que la police entendait procéder à des interpellations très larges, indépendamment des motifs invoqués et des personnes présentes.
2) Les discours annulés En conséquence, les discours finaux de No-G7 n’ont pas pu avoir lieu. Il s’agit d’une nouvelle et ultime entrave à notre liberté d’expression qui s’inscrit dans la lignée des multiples censures dont s’est rendu coupable le gouvernement cantonal et Mme Carole-Anne Kast. Le point d’orgue de cette stratégie de censure a été, le 21 mai dernier, l’interdiction par le Conseil d’Etat de notre village militant et de notre camping sur tout domaine municipal.
3) L’affaire des Pâquis La coalition No-G7 adresse sa solidarité pleine et entière avec le manifestant de 28 ans dont la vidéo du tabassage par la police le 14 juin à minuit à l’angle de la rue Amat et de la rue des Buis enflamme à juste titre les réseaux sociaux [1]. Cette « ratonnade légalisée » est ignoble et intolérable. En agissant de la sorte, la police démontre qu’elle se sait au-dessus des lois et qu’elle peut agir en tout impunité. Plus tôt dans la journée, une autre vidéo diffusée sur les réseaux montrait un manifestant se faire molester par une unité de police alémanique qui l’a brutalement baillonné avant de lui confisquer son keffieh palestinien [2]. No-G7 l’accompagnera pour le récupérer à l’Hôtel de police la semaine prochaine.
La coalition NoG7 appelle la population à témoigner largement au sujet des abus policiers qu’elle a pu observer, filmer, photographier. Les témoignages et les documents peuvent être adressés à l’adresse nog7-temoignages@riseup.net .
Enfin, la coalition NoG7 condamne fermement les propos tenus par Mme Kast sur Léman bleu avant-hier (16 juin). Contrairement à ses affirmations, les portes-paroles tiennent la même ligne dans les médias et restent uni·es s’agissant de l’analyse de la manifestation et des violations constatées. Contrairement aux affirmations de Mme Kast, la représentante de la Grève féministe Françoise Nyffeler tient à rectifier les propos qu’on lui impute: ce qu’elle condamne, ce sont les politiques mortifères et génocidaires des dirigeants du G7. Ce sont ces violences structurelles qui alimentent la colère légitime des manifestant·es face à des symboles matériels.
Un autre communiqué suivra à l’occasion de l’ouverture de la Fête de la musique.
Ne pas savoir se saisir de nos victoires est le principal problème auquel se confrontent les mouvements d’action directe.
Cela peut sembler étrange à dire car aujourd’hui, beaucoup d’entre nous ne se sentent pas particulièrement victorieux·ses. La plupart des anarchistes constatent que les mouvements altermondialistes et pour la justice globale ne furent qu’un soubresaut : inspirants certes, tant qu’ils duraient, mais dont l’issue n’aura pas été pas un mouvement capable de s’ancrer au niveau organisationnel, ou de faire bouger les lignes du pouvoir mondial. Le mouvement pacifiste amena encore plus de frustration, du fait de la marginalisation tant des anarchistes que des tactiques anarchistes. Bien sûr, la guerre s’achèvera un jour, parce que les guerres s’achèvent toujours. Et personne n’aura le sentiment d’y avoir beaucoup contribué.
Alors que les seigneurs de guerre occidentaux ouvrent leur sommet du G7 à Evian, les organisations signataires de l’appel No-G7 souhaitent faire la déclaration suivante :
La manifestation No-G7 du 14 juin a dépassé toutes nos attentes. 30’000 personnes ont participé malgré le climat anxiogène suscité par le Conseil d’Etat genevois (et parfois par les médias). La diversité de la manifestation sautait aux yeux, tout comme la créativité et l’humour des slogans. Un signal politique de progrès et de justice sociale a été adressé au monde entier. No-G7 a défendu l’honneur de cette ville et une certaine idée de la Genève internationale.
Pendant des mois, les autorités ont cherché à interdire notre manifestation du 14 juin. Cette arrogance et ces brimades se sont heurtées au courage et à la dignité de la population. Genève ne reste pas muette face à l’oppression où qu’elle soit !
La police n’a pas tenu compte de la composition de la manifestation, comme en témoigne l’usage répété de gaz lacrymogènes sur le cortège du « Vivant qui se défend » à la hauteur de l’avenue Giuseppe-Motta puis sur l’avenue de France. Des enfants ont été mis en danger pour protéger quelques biens matériels. Nous saluons le travail exceptionnel de notre « team d’auto-protection » (TAP), des street medics (qui s’occupaient des personnes blessées) ainsi que de certainEs manifestantExs individuels dont l’action a permis de protéger les enfants et les personnes âgées contre les lacrymos.
Les élus du PS et des Vert-e-s dans les éxécutifs ont soutenu la répression. Honte aux magistrats de la gauche institutionnelle qui ont loupé une opportunité historique de se ranger du bon côté de l’histoire. Honte aux partis conservateurs et d’extrême droite (PLR et UDC) qui ont attaqué la liberté d’expression de la majorité pour protéger des intérêts privés.
5 . Il importe de revenir aussi sur l’un des nombreux épisodes de provocation et de violence policières survenus à la fin de la manifestation. Comme nous l’écrivions hier soir, une nasse policière de plus de 300 personnes a eu lieu sur la place Chateaubriand (quartier des Pâquis) d’hier à 20h jusqu’à ce matin 6h. Elle a concerné la quasi-totalité des porte-paroles du No-G7 ainsi que l’équipe de la Team d’auto-protection (TAP), libéréExs au compte goutte jusqu’au matin. Des personnes mineures et des personnes extérieures à la manifestation (touristes, passantexs, et travailleurs et travailleuses d’une buvette) se sont également retrouvées nassées dans des conditions humiliantes.
Cette opération policière est inqualifiable. Nous réclamons des excuses publiques aux responsables Mme Carole-Anne Kast (PS) et M. Olivier Jornot (PLR), qui se cachent commodément derrière leurs porte-paroles.
Nous appelons aussi à la libération des quelques personnes encore en garde-à-vue.
Un rapport détaillé suivra, mais des témoignages font remonter plusieurs blessés liés aux tirs de grenades lacrymogènes.
Article sur le procès de Nestle Waters pour la Gazette NO G7parLes Vagues de la Révolte
Le procès de Nestlé Waters qui s’est tenu du 23 au 27 mars 2026 est un archétype de colonialité interne; tout y passe, une crapulerie en amenant une autre, dans l’édifiante caricature d’un système capitaliste putride, dont l’effondrement déchaîne les pires démons. Les mécanismes sont dévoilés, le roi et ses laquais mis à nu. En face, debout, les Vigies se préparent à défendre le Vivant.
Dans les Vosges, aux abords des usines d’embouteillage où sont produites les marques Vittel, Contrex et Hépar, plus de 360 000 m3 de déchets ont été enterrés en toute illégalité par la Société des eaux de Vittel plastiques. Il s’agit essentiellement de bouteilles, mais il y a aussi des déchets de démolition, des plaques d’amiante et des carcasses de véhicule, encombrants, répartis sur quatre décharges équivalentes à 140 piscines olympiques. Ces enfouissements ont commencé à la fin des années 1960, au moment où Vittel a commencé à troquer la bouteille en verre pour celle en plastique. Nestlé en est alors actionnaire à 30%. On jetait par camions entiers les bouteilles présentant des défauts de fabrication et autres déchets plastiques dans des fosses et on y mettait le feu, juste au-dessus des puits de forage. L’impact sur l’air, le sol, l’eau, était le dernier des soucis de l’entreprise, qui avait mis dans sa poche la ville, ses habitant·exs, ses commerces et ses édiles grâce aux retombées économiques générées par la marchandisation de l’eau.
Œuvre créée à l’occasion du procès de Nestlé Waters, avec des déchets plastique provenant des décharges clandestines
Nestlé augmente son emprise sur les pouvoir locaux – affaiblis par la fraude et l’évasion fiscale – avec le financement d’infrastructures publiques, le copinage, le chantage à l’emploi
En France, les premières directives et lois relatives à l’élimination des déchets, à la protection de la nature datent de 1975. Dès 1976, une loi sur les installations classées pour la protection de l’environnement exige l’autorisation du préfet pour l’installation d’activités présentant des «dangers ou des inconvénients» pour le voisinage, la salubrité publique: carrières, installations industrielles et agricoles…
Mais cela n’a pas empêché la Société des eaux de Vittel-Nestlé de poursuivre sa très particulière façon d’éliminer les déchets, ni les autorités de fermer les yeux, pendant une vingtaine d’années, au moins.Ces décharges ont été dissimulées sous des monticules de terre sur lesquels des arbres ont poussé, les racines emmêlées dans le plastique. Pourtant, les décharges sont enregistrées au cadastre – donc connues des autorités; ils voulaient pouvoir les retrouver.
A partir des années 1980, deux de ces décharges de plastique ont fait l’objet d’un «suivi» par les autorités environnementales.
… l’Etat savait; des fonctionnaires avaient la charge de faire un suivi; Nestlé devait prendre ses responsabilités:prévenir les risques, les pollutions et les nuisances qu’elle pourrait générer. Ce qui est dégradé, c’est du bien public, commun, des réserves pour le futur… Mais rien ne se passe; l’Etat et les élu·exs ont abandonné la gouvernance aux multinationales et à leurs lobbies.
Nestlé a le pouvoir d’assujettir, de rallier à ses intérêts économiques, de faire taire un organe chargé de surveiller l’impact d’un procédé sur la santé et l’environnement
Comment s’effectue cet assujettissement des institutions publiques aux volontés de la multinationale? Les entités locales bénéficient d’emplois non délocalisables et reçoivent des taxes sur les eaux minérales, bien que minimes car Nestlé ne déclare pas tous ses puits ni les quantités réellement extraites. La communion d’intérêt entre l’Etat et l’entreprise privée se fait aussi à travers l’actionnariat, quand de grands fonds de pension qui ont investi dans les actions Nestlé poussent pour obtenir de hauts dividendes. Un mécanisme pervers où l’on donne à gérer d’immenses sommes provenant des travailleurs, destinées à leur retraite, à une entreprise qui saccage le Vivant et viole la loi, sous la houlette d’autorités peu regardantes, puisqu’une partie des gains va être reversée aux retraités. Et puis, il y a «fusion» avec les autorités locales, où de hauts cadres de Nestlé siègent dans le conseil d’administration de l’agence de protection de l’environnement de l’Etat, ou ont leur conjoint dans des postes décisionnels à la Mairie, présidant des Commissions de l’Eau, ou de fausses «associations civiles» au service des intérêts de la multinationale. A Vittel la vice-présidente du tribunal d’Epinal qui aurait dû juger la multinationale est mariée au directeur de Nestlé Waters. En France, en plus d’une armada de lobbyistes, Nestlé jouit aussi du soutien direct d’Emmanuel Macron, ex banquier de Nestlé lorsqu’il travaillait à Rotschild.
Sous cette nouvelle puissance coloniale des multinationales, les gouvernements du Sud comme du Nord deviennent des serviteurs volontaires du secteur privé, s’assurant que, malgré les dommages environnementaux et sociaux, les corporations ont accès aux ressources qu’elles convoitent.
En 1992, Nestlé rachète les usines d’embouteillage de Vittel et Contrexéville, devenant dès lors propriétaire des terrains utilisés pour les décharges sauvages, qu’elle laisse à l’abandon.
Des citoyen·nexs ont alerté dès 2014 sur la présence de ces décharges sauvages et dénoncent une décharge enfouie de 8000m2 . Mais rien ne bouge côté justice. Le fameux «suivi» avait pris fin, comme c’est souvent le cas au bout de vingt ans.
La prise de conscience du phénomène prend de l’ampleur en 2021, avec notamment la publication du rapport de la commission d’enquête parlementaire présidée par Mathilde Panot (députée française de la France insoumise (LFI)) quant à la mainmise sur la ressource en eau par les intérêts privés. Lors de sa comparution, Sophie Dubois, l’actuelle présidente de Nestlé France, a déclaré: «Les représentants de Nestlé Waters ont bien eu connaissance de ces décharges dès 2014, mais n’en ont informé l’Etat qu’en 2021».
Ah. Dès 2014? Alors qu’ils étaient propriétaires à 100% depuis 1992?
Puis le collectif Eau 88 découvre une autre décharge, dont les images ont alimenté un documentaire diffusé sur la chaîne Arte1. Elle regorgeait de bouteilles de PVC et de masses de plastique venant de l’usine de Vittel et résultant d’un processus de fabrication mal maîtrisé.
Une troisième décharge, baptisée «le volcan» par les employés, a été trouvée par les services du pôle régional de l’environnement à l’intérieur de l’usine Contrex, où étaient brûlées «des milliers de tonnes de déchets de plastique». L’usine a été perquisitionnée à la suite du signalement effectué par le collectif Eau 88 à la gendarmerie locale2.
C’est alors que le volcan éructe d’une fumée noire sans filtre. La directrice générale de Nestlé Waters, Muriel Lienau n’apprécie pas du tout la visite des gendarmes et veut que ses projets visant à «régénérer les écosystèmes» (consistant à recouvrir les décharges de terre) aient plus de visibilité que les dénonciations des lanceurs d’alerte.
L’appareil répressif de l’Etat se met au service de Nestlé et fait usage de son «monopole de la violence légitime». Car oui, quand la violence vient de l’Etat, c’est forcément légitime à ses propres yeux…
Les militants sont menacés: des membres de la Direction de la Sécurité Publique, avec l’incroyable cynisme de qui se sent immunisé,vont intimider Bernard Schmitt, fondateur du collectif Eau 88 chez lui, à la maison, disant qu’une balle serait vite arrivée.
Tristement, il a aussi reçu des pressions de la part de personnes salariées de l’usine qui estiment que les activistes lançant l’alerte ne devraient pas faire ce qu’ils font. Ces mêmes personnes proposent, dans un groupe Whatsapp, d’aller brûler la maison de Bernard. Illustration d’une perte de conscience de classe, de la fascination d’une partie de la population pour les visions de l’extrême droite, simplifiant la réalité pour détourner l’attention des problèmes de fond – anéantissement du Vivant, perte d’emplois, inflation, logements inaccessibles, réduction et privatisation des services publics – et pour renverser les responsabilités: les coupables de leurs problèmes sont celleux qui dénoncent les méfaits et non l’entreprise criminelle.
La droite ultra violente est normalisée, attisée par les médias des milliardaires ayantmis le gouvernement en place
Maintenant que tout le monde est au courant des décharges sauvages, le pôle régional environnement du tribunal judiciaire de Nancy s’autosaisit du dossier, en été 2021. L’enquête révélera que 9 décharges contiennent des déchets industriels en lien avec les usines du groupe Nestlé, dont 5 décharges à ciel ouvert et 4 sites enfouis. L’une de ces décharges représente à elle seule l’équivalent d’un immeuble de déchets de 6 étages, sous terre.
C’est cette enquête qui, près de cinq ans plus tard, et après deux reports, aboutit à un procès en mars 2026. Mais les vrais protagonistes de ce succès sont les associations de défense de l’environnement, les médias d’investigation indépendants, leurs relais politiques, qui ont persévéré pendant des années dans leurs dénonciations, multipliant actions de conscientisation, lutte collective, saisies de la justice.
L’enquête judiciaire va se chevaucher avec un autre scandale, celui des eaux Perrier, Vittel, Contrex et Hépar (Henniez en Suisse), vendues comme «minérales naturelles» alors que Nestlé leur applique des traitements interdits par la réglementation: microfiltres, charbons actifs, UV pour éliminer des bactéries, virus, PFAS (polluants éternels) et des résidus de pesticides et fongicides, ce qui revient à vendre de l’eau du robinet, mais 300 fois plus cher. Une commission d’enquête du Sénat conclut, en 2025, que de graves infractions ont été commises tant par Nestlé Waters que par des fonctionnaires de différents ministères, jusqu’aux plus hautes sphères des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif, qui avaient secrètement soutenu et protégé Nestlé.
Le gouvernement macroniste avait donné en douce à Nestlé une dérogation sur l’obligation de respecter les normes en vigueur. En 2023 la préfecture des Vosges, qui avait laissé Nestlé prélever de l’eau dans neuf forages en toute illégalité pendant plus de vingt ans, autorise un changement de règlementation sur les questions de filtrage sans attendre les avis des scientifiques chargés d’évaluer les risques sanitaires. Nestlé Waters peut continuer à utiliser des microfiltres de 0.2 micron (aussi interdits car considérés comme une désinfection modifiant la composition de l’eau).3
«Il y a une inversion de la relation entre l’Etat et les industriels en matière d’édiction de la norme. La multinationale veutmettre en conformité le droit avec sa pratique, dans une logique dévoyée par rapport à ce que devraient être les relations entre l’Etat, qui édicte la norme et l’industriel, qui l’applique.»
Alexandre Ouizille, rapporteur de la commission sénatoriale d’enquête sur les pratiques de Nestlé Waters
Nestlé évite le Tribunal avec une discrète Convention d’intérêt public environnementale (CJIPE) par laquelle elle accepte de payer 2 millions d’euros pour solder les procédures concernant tant les forages illégaux que les fraudes sur les procédés de purification.
Mais aucune mesure n’est prise pour s’attaquer au fond du problème: la pollution des sols et des eaux.
Résultat: en 2024 et 2025, Nestlé a dû détruire des millions de bouteilles de Perrier contaminées par des bactéries d’origine fécale.
La problématique de la pollution des eaux va aussi ressurgir dans le procès sur les décharges illégales.
Alors que le procès pour les décharges, prévu en mai 2025, est reporté à novembre 2025, les analyses de l’Office français de la biodiversité (OFB) et l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp), effectuées sur les sites des enfouissements révèlent une sévère pollution des eaux par l’absence d’oxygène, rendant toute vie aquatique impossible et ayant des effets nuisibles sur la santé, la flore et la faune par leur toxicité. Mediapart diffuse l’information.
En outre, des quantités extrêmement inquiétantes de microplastiques qui se décomposent depuis des dizaines d’années ont été retrouvées dans les sols des décharges, mais aussisur les terres et dans les eaux en aval, jusqu’à 30 millions de fois supérieures aux taux relevés dans la Seine.
Au nom de l’augmentation des gains d’une entreprise privée, la population entière subit les conséquences environnementales de son business model
Selon les spécialistes / expert·exs, il est incontestable que les matières trouvées sont liées à la décharge de plastique, car aucune autre source susceptible de produire des microplastiques n’a été recensée dans un périmètre proche.4
Cette pollution est aggravée par la baisse des nappes phréatiques pour «surpompage».
L’Etat a laissé Nestlé prélever des volumes d’eau incompatibles avec la recharge des nappes
En résumé, pour faire des économies, Nestlé enfouit ses déchets à côté des nappes qu’elle surexploite, et donc s’auto pollue, puis installe des filtres, pour continuer à vendre de l’eau équivalente à celle du robinet. Avec de la complicité à tous les niveaux de l’Etat, jusqu’à l’Elysée.
Le procès pour les décharges, qui contient aussi toute la partie de la pollution, s’est ouvert le 23 mars 2026.
Sauf que…
Les avocats de Nestlé exigent des juges que soient refusées les 2000 pages d’analyses sur la pollution, parce que certains enquêteurs n’auraient pas prêté serment, ce qui constitue un vice de procédure…
Le président du Tribunal de Nancy, Didier Gastaldi, donne suite aux demandes des avocats de Nestlé Waters et déclare nulles les analyses de l’enquête préliminaire effectuées par l’Office français de la biodiversité (OFB), un organisme public, mandaté par le Tribunal de Nancy. Les seules enquêtes retenues seront celles que Nestlé Waters elle-même a fait faire par trois laboratoires spécialisés qui ont tous conclu «à l’absence de pollution microplastique dans l’eau des forages» vosgiens. Bien que des expertises montrent de nombreux biais et incohérences, selon un chercheur en microplastiques.
L’histoire ne dit pas à qui ces chimistes-là ont prêté serment…
Comment est-ce possible qu’un tribunal outrepasse des conclusions scientifiques, au détriment de la santé publique?
Dans ce monde à l’envers, l’Etat a abandonné son devoir de régulateur et laisse à Nestlé le soin de s’auto-contrôler. Si une expertise scientifique ne convient pas à la multinationale, elle produitune contre-expertise qui contredit les études indépendantes pour instiller le doute qui sera utilisé devant les tribunaux
On s’attendait à ce que la question du lien entre les résultats des analyses de l’eau et le scandale de la microfiltration illégale des eaux en bouteilles du groupe Nestlé soit posée à l’audience. Ça n’a pas été le cas.
Le Tribunal a séparé les deux problématiques en évacuant la pollution des eaux et ne gardant que l’affaire des 4 décharges restantes, qui pourront être «légalisées» comme les 5 autres, et recouvertes de terre. Le procureur a demandé au tribunal de ne retenir que les infractions d’exploitation et de gestion de ces décharges illégales, mettant de côté deux autres chefs d’inculpation: l’abandon de déchets et le délit de pollution. Le magistrat a tout de même requis la peine maximale encourue par l’industriel: une amende de 750 000 euros (soit 4 minutes de chiffre d’affaires sur 2025) et la remise en état des trois décharges restantes.
En revanche, une autre annonce a fait rebondir le yoyo judiciaire. Au milieu du procès, le site d’investigation Mediapart – qui a diffusé une série d’enquêtes sur Nestlé – a révélé une note interne de 2022. Ce document confidentiel fait état de nombreux risques liés aux déchets abandonnés sur les sites. A cette époque, l’enquête préliminaire avait commencé. Pourtant, le groupe n’avait pas partagé ces informations avec la justice. La note contient des analyses réalisées par l’entreprise montrant un taux élevé de microplastiques dans les eaux vendues, ce qui contredirait les déclarations des responsables de Nestlé devant la commission d’enquête sénatoriale.5
Le tribunal correctionnel de Nancy rend sa décision le 27 mai 2026.
Ce que l’on retiendra de ce procès, c’est que l’Etat français aura tout mis en place pour protéger la réputation ainsi que les gains de Nestlé, et pour décourager les lanceur·euses d’alerte de s’attaquer à une multinationale. Une grave détérioration de la démocratie, cette capacité des citoyen·nexs à débattre, décider, agir sur la façon de gérer le territoire, les communs, la production et l’échange des biens nécessaire au bien vivre ensemble.
Ce qu’on retiendra aussi, c’est que des militant·exs organisé·exs et déter’, ensemble avec leurs allié·exs (médias indépendants, relais politiques, certains organes publics et soutiens juridiques) ont réussi à mener au tribunal une multinationale qui se croit omnipotente, intouchable. Une belle victoire d’étape à célébrer!
Les multiples complicités de l’Etat pour maximiser les profits d’une entreprise privée ont été mises en évidence, révélant un système capitaliste néolibéral international dans lequel l’Etat se soumet entièrement au capital et se transforme en outil de la société de marché.
C’est pour discuter du bon fonctionnement de ce système, des chaînes d’approvisionnement de l’énergie et des ressources convoitées, de la rentabilité des investissements, de la vente d’armes, la surveillance de masse à travers l’IA, que vont se réunir 7 chef·fes d’Etat occidentaux·ales à Evian du 15 au 17 juin prochain.
Et c’est pourquoi nous devons leur opposer une résistance déterminée, unie en une grande confluence de luttes anticapitalistes, décoloniales, écologistes.
Nous ne voulons pas d’un monde où le profit est glorifié même lorsqu’il est obtenu grâce au saccage des eaux, des terres, forêts, et des communautés qui les habitent.
Génération Lumière est une association écologiste et de solidarité internationale qui agit en France et dans la région des Grands lacs. Elle sensibilise aux impacts de l’extraction minière qui alimente nos technologies sur les communautés, la biodiversité et le climat, en République démocratique du Congo (RDC) et ailleurs. À contre-courant d’une vision des technologies présentées comme neutres ou intrinsèquement porteuses de solutions, Génération Lumière remet au cœur des conversations leur matérialité et s’inscrit dans une démarche d’écologie décoloniale.