De la responsabilité étudiante dans les luttes politiques. Appel de la Coordination étudiante pour la Palestine

En 1916, les puissances impérialistes françaises et britanniques, se partageant les terres d’un Empire Ottoman affaibli, placent la Palestine sous mandat britannique et décident seules de son sort sans en concerter sa population. Après la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le Royaume-Uni soutient l’établissement en Palestine d’un État sioniste, dont le plan de partition du territoire sera adopté par l’ONU en 1947, bien que contesté par les Palestinien·ne·xs dont le droit à l’autodétermination fut systématiquement dérobé par les puissances impérialistes occidentales. A la fin du mandat britannique, l’État d’Israël est déclaré le 14 mai 1948. Cette date marquera la première Nakba, la « grande catastrophe » : plus de 550 villes, villages et quartiers palestiniens furent détruits et vidés par la force, et leur populations chassées ou massacrées par des colons et milices sionistes. Plus de 800’000 Palestinien·ne·xs furent contraint·e·xs à l’exil, par la mise en place d’un régime brutal d’apartheid, qui continuera son expansion coloniale en annexant toujours plus de territoires. Depuis octobre 2023, un génocide est en cours à Gaza, territoire assiégé depuis 2007. A ce jour, au moins 67’000 Palestinien·ne·xs ont été tué·e·xs et 169’000 blessé·e·xs par le régime sioniste. Le bilan officiel ne comptabilisant pas les personnes portées disparues, ces chiffres sont probablement bien en deçà de la réalité et, aujourd’hui, la situation continue de s’aggraver, notamment avec l’adoption en mars 2026
par le parlement israélien d’une nouvelle loi raciste, instaurant la peine de mort systématique pour les Palestinien·ne·xs reconnu·e·xs coupables d’ »attaques anti-Israël ».

Avec l’intensification des violences coloniales et le déploiement militaire en Palestine, organisant le processus génocidaire, le tournant du 7 octobre et le génocide en direct sur nos écrans ont amené au cœur des institutions la question de la responsabilité politique. Les universités israéliennes participant activement à la militarisation, à la conception et à la légitimation es pratiques coloniales et génocidaires, des mobilisations estudiantines en solidarité avec le peuple palestinien et en faveur du boycott des institutions académiques israéliennes se généralise aux États-Unis et ces mouvements s’exportent internationalement dans les milieux étudiants. Depuis octobre 2023, la complicité des institutions académiques dans le génocide en cours en Palestine a donc fait l’objet d’une attention croissante, y compris au sein de l’Université de Genève (UNIGE).

À Genève, cette mobilisation s’est cristallisée en mai 2024 avec l’occupation du bâtiment d’Uni Mail par la Coordination Étudiante pour la Palestine (CEP). Cette action visait à exiger une prise de position institutionnelle claire par la suspension des collaborations avec les institutions israéliennes, ainsi que des sanctions immédiates contre l’État génocidaire. Elle visait aussi à renforcer les mouvements de solidarités et d’organisations pro-palestiniennes. L’intervention policière du 14 mai 2024, a conduit à l’arrestation d’une cinquantaine d’étudiant·e·xs occupant l’Université, marquant une rupture durable du dialogue entre le rectorat et le mouvement étudiant, et s’inscrivant dans un contexte plus large de répression des mobilisations pro-palestiniennes en Occident. En effet, en Suisse, la police a notamment réprimé avec intensité trois manifestations en 2025 (le 2 octobre à Genève et les 21 juin et 11 octobre à Berne) au cours desquelles les violences policières ont franchi un pallier (utilisation de grenades lacrymogènes – dont en lieu clos, tirs tendus de balles en caoutchouc, violences et intimidations).

Le 11 octobre, ces violences policières atteignent un paroxysme avec la mise en place d’une nasse historique et massive pour intimider et contrôler les personnes mobilisées ce jour-là. Rappelons que la plupart des pays européens en interdisent  l’utilisation  et considèrent la nasse comme un outil de torture, dénoncé notamment par Amnesty International.

Les mouvements et mobilisations étudiantes ont une place historique importante dans le rapport de force politique depuis la guerre du Vietnam et en Europe, depuis Mai 68. 
Les étudiant·e·xs occupent en effet un espace particulier dans le corps social, n’étant pas encore une force de travail à part entière. Ainsi la répression qu’iels pourraient subir se distingue de celles subies par les personnes salariées étant donnée leur force symbolique, puisqu’iels représenteraient le « futur de la nation ». Tout cela se forme dans le contexte de dynamiques de savoir et de contestations politiques inhérentes au lieu de débat et de recherche qu’est l’université. Les étudiant·e·xs sont donc une force contestatrice à part entière pouvant engager un rapport de force unique à la fois contre l’institution académique et les institutions politiques et médiatiques. Cela crée la levée de mobilisations larges et transversales hors des champs politiques habituels entre associations étudiantes, individus engagés isolés et organisations politiques dont l’impulsion émane des étudiant·e·xs. De part le statut de ces dernier·ère·xs, l’université se doit d’assumer son rôle politique dans la transmission du savoir, dans la contestation de celui-ci et dans son rôle d’organisateur social. Les étudiant·e·xs sont particulièrement légitimes à produire un discours de contestation sur le modèle sociétale dans lequel l’université va les intégrer.

La Coordination Étudiante pour la Palestine regroupe des étudiant·e·xs d’horizons divers, en mixité, et composée d’une diversité de nationalités, de religions, d’origines et d’identités de genres. Nous nous revendiquons pour une Palestine libre et contre le régime d’occupation sioniste ; en prenant position plus largement pour l’autodétermination des peuples, avec une approche décoloniale, anti-impérialiste, anti-capitaliste, intersectionnelle et inclusive. Nous nous positionnons en solidarité avec les personnes en situation de précarité et avec les victimes de violences systémiques et institutionnelles. Nous rejetons catégoriquement les discriminations en tout genre : misogynie, islamophobie, antisémitisme, racisme, queerphobie, transphobie et validisme n’ont aucune place dans nos luttes. La CEP défend également le droit de manifester, qui, bien que fondamental, est actuellement sous attaque en Occident, dans un contexte de montée de l’extrême droite.

Par convergence des luttes, la CEP a décidé de participer activement à la démarche d’un contre-sommet dans le cadre d’une coalition large qui la dépasse aussi, avec des syndicats, des collectifs antifascistes, des antiracistes, des organisations de solidarité internationale et des collectifs à la gauche du PS et des Verts. Les temps que nous vivons nécessitent la constitution d’un front commun contre un capitalisme ultra violent et en crise perpétuelle tirant ses forces de l’exploitation, de l’impérialisme, de la misogynie et du racisme structurel. Ce front doit permettre une opposition concrète des politiques menées par les gouvernements du G7 mais aussi permettre un contre-récit à celui, hégémonique, de la panique morale visant les minorités, des justifications de la colonisation et du génocide en Palestine et du capitalisme comme seul horizon possible.

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