Les communes au Venezuela : la construction du pouvoir populaire comme outil de résistance

Le Venezuela compte plus de 5’000 communes populaires autogérées. Les activités productives des communes ont constitué un rempart les opérations de sabotage économique des Etats-Unis. Lana ViLe Venezuela compte plus de 5’000 communes populaires fonctionnant selon un modèle coopératif fondé sur l’autogestion. Les activités productives des communes ont constitué, ces dernières années, un rempart contre l’agression impérialiste étatsunienne et les opérations de sabotage économique. Ces expériences d’auto-organisation populaire sont racontées par Lana Vielma, une communarde de la commune El Maïzal, qui compte plus de 3’500 familles.

La Révolution Bolivarienne initiée par l’élection de Hugo Chavez au Venezuela en 1998 va
instaurer plus de 5’000 communes populaires fonctionnant selon un modèle coopératif fondé sur l’autogestion. En vertu de la Loi sur les Communes de 2010, le peuple organisé en « commune » peut choisir un projet qu’il considère comme prioritaire, et l’Etat vénézuélien a l’obligation de financer le projet retenu.


Ces dernières années, les projets liés aux activités de production (riz, café, maïs, cacao, canne à sucre) ont été particulièrement bénéfiques pour lutter contre l’impitoyable guerre économique menée par les États-Unis dans le but d’asphyxier le processus révolutionnaire vénézuélien. Les communes ont permis de créer, notamment, des circuits d’approvisionnement sous contrôle populaire, mais aussi de renforcer la production nationale et la souveraineté alimentaire.


Les communes sont aussi des écoles de participation populaire pleinement démocratiques au sein desquelles les femmes occupent la grande majorité des postes de responsabilité et jouent donc un rôle important. Elles incarnent la volonté politique d’un dépassement du système capitaliste par la participation populaire, et de la construction d’un socialisme bolivarien plongeant ses racines dans un riche héritage de luttes anticoloniales et révolutionnaires. Elles s’inscrivent plus largement dans un projet communautaire de libération, de décolonisation et de résistance contre le capitalisme, le fascisme et l’impérialisme qui oppriment les peuples à l’échelle planétaire.


Lana Vielma est une communarde qui s’est investie dans la commune El Maïzal qui regroupe 3’500 familles. Dès l’âge de 15 ans, elle est active dans le mouvement communard vénézuélien et répond à nos questions par vidéoconférence.

Assemblée communarde à Punta Mata, au cours de laquelle fut créé le « Plan communal du maïs »

Red Wiphalas (RW) : Peux-tu nous présenter brièvement la commune El Maïzal ?

Lana Vielma (LV) : Nous sommes une commune rurale qui compte 27 conseils communaux. Parmi les activités productives de la commune, on peut citer l’agriculture, la production porcine et maraîchère, ainsi que d’autres activités répondant aux besoins quotidiens de la population. Au total, El Maïzal contient douze « unités de production » qui constituent le système économique de la commune.

RW : Ces derniers temps, le Venezuela a traversé une crise économique très forte qui a eu des conséquences dramatiques, provoquant d’importantes pénuries et engendrant une émigration massive. Peux-tu nous décrire comment les communes ont permis d’atténuer les conséquences de cette crise ?

LV : Le processus de transformation sociale connu sous le nom de « Révolution Bolivarienne » a été très durement attaqué par l’impérialisme étatsunien dès ses débuts, et depuis le durcissement des sanctions contre notre pays, les revenus de la population ont été encore plus affectés. Lorsqu’un pays est soumis à un blocus, toute sa population en subit les conséquences. Au moment le plus aigu de la crise, notre commune a été capable d’assurer la production afin de garantir les besoins alimentaires de la population.

Il faut savoir qu’il existe des situations économiques très différentes sur l’ensemble du territoire national. Chaque commune connaît des réalités différentes et a des besoins spécifiques : El Maïzal a particulièrement développé l’élevage, mais il y a des communes urbaines qui se consacrent exclusivement au secteur des services (santé, éducation, etc.). Ainsi, en fonction de la réalité et des besoins, les communes se sont adaptées pour devenir un pilier fondamental dans la défense de la population face à la crise provoquée par le blocus impérialiste.

RW : La crise économique est-elle due uniquement aux sanctions étatsuniennes ?

LV : Avant les sanctions, nous avions l’un des salaires minimaux les plus élevés d’Amérique latine. Le commandant Chávez a mis en place de nombreux programmes visant à répondre à la dette sociale historique que le Venezuela a envers sa population en matière de santé, d’éducation, de culture, de sport, et dans tous les domaines de la vie. Après les sanctions, le pouvoir d’achat des gens a commencé à se détériorer gravement, allant jusqu’à compromettre leur capacité à accéder à la nourriture. C’est alors qu’est apparu le besoin de se regrouper en communes pour s’organiser, trouver le moyen de vivre dignement et prendre soin les uns des autres.

RW : Certaines personnes pensent que « Maduro n’est pas Chávez » et estiment que la Révolution Bolivarienne ne s’est pas suffisamment approfondie sous le gouvernement de Nicolás Maduro. Partages-tu cette analyse ?

LV : Les gens disaient la même chose à l’époque de Chávez ! On a toujours tendance à minimiser le travail de nos dirigeants lorsqu’ils sont confrontés à des tâches aussi difficiles que celle d’affronter l’empire le plus puissant du monde, tout en poursuivant un projet de transformation sociale. Aujourd’hui, nous voyons le président Nicolás Maduro comme un digne représentant de la classe ouvrière, qui fait face aux plus grandes menaces impérialistes et aux calomnies relayées par un puissant appareil médiatique international au service des intérêts capitalistes. Ce n’est pas pour rien qu’il est aujourd’hui séquestré.

Et c’est précisément pour cette raison que nous croyons en son leadership : Nicolás Maduro a toujours misé sur l’approfondissement du processus révolutionnaire, sur la construction de la commune comme objectif ultime, et il a toujours opté pour des mécanismes politiques basés sur la participation populaire pour y parvenir. Au Venezuela, nous disposons de nombreux outils démocratiques qui sont utilisés aujourd’hui par le pouvoir populaire pour s’organiser en « communes ». La plupart de ces outils ont été planifiés et concrétisés par le président Nicolás Maduro. [Ndlr: c’est aussi le cas de l’Université Nationale des Communes (UNACOM) qu’il a inaugurée en mai 2025 dans l’État de Carabobo].

Assemblée communarde (Zulia), en présence d’Angel Prado, fondateur de El Maïzal et actuel Ministre des communes au Venezuela

RW : Depuis le 3 janvier 2026, le gouvernement de Delcy Rodríguez mène une négociation complexe avec les Etats-Unis. Plusieurs concessions ont dû être faites, en particulier en ce qui concerne la Loi sur les Hydrocarbures. Comment le peuple vénézuélien, et en particulier le mouvement communard, vit-il l’agression militaire du 3 janvier et ses conséquences ? Que peut faire le peuple chaviste pour continuer à défendre sa souveraineté et son autodétermination dans le contexte actuel ?

LV : (Rires) La question est difficile, mais nous allons essayer d’y répondre. Concernant l’agression militaire que nous avons subie le 3 janvier, il était très difficile de savoir quelle forme elle allait prendre et comment y faire face. Lorsque l’empire étatsunien décide de mettre fin au gouvernement d’un pays, l’histoire récente a montré qu’il était prêt à commettre les pires crimes en se servant des prétextes les plus mensongers, et personne ne sait alors s’il restera des survivants et ce qu’il adviendra du pays.

Aujourd’hui, le Venezuela n’est pas détruit : on peut y vivre, on peut y travailler ! Nous avons décidé, par le biais de notre gouvernement national, d’opter pour la diplomatie, qui est ce que nous savons faire le mieux. Nous n’avons probablement pas les capacités, ni la « culture » pour nous défendre militairement contre l’agression impérialiste. Notre manière de nous défendre, c’est la « diplomatie des peuples » pratiquée en ce moment par Delcy Rodríguez. Nous avons choisi de préserver la paix et d’assurer la continuité de la Révolution Bolivarienne, qui est la garantie de la vie et de la pérennité du chavisme. De ce point de vue, on peut affirmer que l’impérialisme étatsunien n’est pas parvenu à ses fins.

RW : Alors que les pays les plus puissants de la planète préparent leur réunion du G7 en France, une grande mobilisation se prépare à Genève pour manifester contre l’impérialisme et pour la défense du droit à l’autodétermination des peuples. Dans quelle mesure cette mobilisation concerne-t-elle le mouvement communard au Venezuela ? Quel message souhaites-tu adresser à celleux qui mènent la lutte au cœur des pays impérialistes ?

LV : Depuis différents endroits du monde, nous luttons pour la même cause. Face à l’avancée du sionisme, de l’impérialisme, et face à ces bourreaux qui s’amusent en voyant les peuples opprimés souffrir ou même être anéantis comme en Palestine, il est plus important que jamais d’être unis, de travailler ensemble, de consolider le pouvoir populaire et d’organiser la résistance, quel que soit le pays où nous nous trouvons. Nous vous remercions pour votre solidarité avec notre lutte et nous nous solidarisons de la même manière avec la vôtre et celle de tous les peuples.

RW : La Révolution Bolivarienne est parfois vue de manière très négative ici en Europe, y compris dans les milieux de gauche. L’opposition au gouvernement de Nicolás Maduro trouve beaucoup d’écho dans nos médias. Comment faire pour transmettre un point de vue plus équilibré sur ce qui se passe au Venezuela ?

LV : L’objectif de la presse dominante, c’est-à-dire celle qui façonne l’opinion publique, est de mentir profondément sur le Venezuela afin de restaurer les privilèges d’une minorité de riches. Ils inventent des faits qui n’existent tout simplement pas et présentent, par exemple, l’opposition d’extrême droite violente comme une opposition pacifiste en lutte contre une dictature. Comment expliquer qu’on parle aussi mal du Venezuela dans les médias, alors que l’on donne une place dérisoire à la situation de nombreux peuples qui souffrent – en Palestine, mais aussi dans d’autres pays où il y a une répression bien réelle (en Argentine ou au Salvador par exemple) – et où les droits humains sont constamment violés ? Ces situations sont sans commune mesure avec la réalité que l’on vit au quotidien au Venezuela.

Je souhaiterais que la réalité de mon pays soit mieux comprise par tous. La gauche ne doit pas être ennemie de la gauche, mais s’intéresser sincèrement et chercher à comprendre le processus de transformation sociale que nous vivons au Venezuela. Ne perdons pas de vue que nos véritables ennemis sont les ultra-riches, ces multimillionnaires qui cherchent à anéantir les peuples qui tentent de se soulever face à toutes les atrocités qu’ils commettent.

Red Wiphalas – Wiphalas Network

Réalisé avec l’Association Nicaragua – El Salvador.

Crédits Photos: Telegram/ Angel Prado, Ministre des Communes: t.me/angelpradocomunaelmaizal